Dame Tartine

Le commissaire Maigret prend un dimanche bien mérité. Cependant, même en congé dominical, le vieux limier reste sur ses gardes.

 « Je me suis toujours demandé, depuis un mois, comment tu les fais.»
 Il s'agissait des tartines beurrées que l'on avait servies au petit déjeuner. Monsieur Maigret continuait :
   «Il y a un arrière-goût de mou qui se mêle furtivement à la touche boisée de noisette de ta confiture de tomates primeurs. Remarque bien, c'est léger. Je n'aurais pas arrêté la pipe, je passais à côté.
— C'est pourtant pas compliqué... Qu'est-ce que deviennent les sandouiches des collations que je te concocte ?
— Je les mange.
— Non, monsieur. Depuis que tu es sous régime, tu  me gobes le jambon qui est à l'intérieur et tu  me jettes les coquilles des sandouiches à la poubelle de table.
— Bon sang, mais c'est bien vrai !
— Eh bien moi, dès que tu as le dos tourné, je récupère les coquilles, je les ravigote au fer à repasser  et je t'en fais des tartines  fraîches pour le lendemain. Ni vu ni connu, je t'embrouille.
— Comme pour ton fameux sorbet à la banane !
— Pareil.Il n'y a pas de petites économies. »

Simenon.
La tartine beurrée.


Pour la trame, un texte de George Simenon cité dans "Les festins de Balthazar," présentée par Alain Senderens.
Sur la cuisine de Simenon et de Maigret : "Simenon et Maigret passent à table" de Robert Courtine aux éditions Robert laffont.