Pièce en un acte et une scène de Jean-Philistin POQUELIN ( Angoulême 1623- Cognac 1674.)
La pièce, les questions relatives au texte suivi d'un lexique, et du plagiat d'un dénommé Molière .
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Acte 1, scène 1
CLETENDRE, BELITRE.
CLETENDRE.
Je quitte à grand regret les bras de Barbaman
Nos ébats singuliers ne durent qu'un moment
Lors la femme repue me déclare sa flamme…
BELITRE
Jurant qu'elle t'adore à en perdre son âme,
Que tu es le phénix du troupeau des amants :
Ses lèvres étant du cœur le meilleur truchement
Elle les ouvre et les tend puis sans plus de langage,
A nouveau t'invite à réimprimer l 'outrage
Sur l'un ou l'autre de ses merveilleux appas.
Tu bées d'étonnement car je n'y étais pas !
Ce pantalon , sa pompe et sa botte secrète
Sont pourtant mieux connus que de grands interprètes.
Mon conseil amical, puisqu'il faut m'en mêler,
Est de quitter la couche et vite t'exiler.
CLETENDRE
Cette jeune laitue ne vaut point tant d' alarme,
Et que de crudités pour rompre son doux charme !
Cesse de m'étourdir de tes fausses bontés
Qui m'incitent à fuir ces sublimes beautés.
BELITRE
Prête bien les oreilles à celui qui avoue
S'être fait prendre aux brais de ces êtres qu'on loue
Pour la raison qu'ils nous en jettent plein les yeux
Et qu'à saute-bouton ils sont fort ingénieux.
CLETENDRE
Tu confonds un quelqu'un avecque ma madame ;
Tu rougis, malplaisant , c'est le fond de ton âme
Jalouse qui blêmit sous ma cuisante ardeur !
Je reçus un fendant qui découvrit mon cœur,
Ce viscère à présent me mène avec empire
Et toi de renverser le royaume ou j'aspire,
De décrier l'aimée brillante que je veux
Lune sans macule souhaité à pleins vœux !
BELITRE
Ne vois-tu pas son train et sa double demande,
Elle en veut à ta bourse . Il faut que tu m'entendes :
L'hermite à la coque ne voudra plus sortir.
Ecoute bien ceci avant de repartir :
« La perle dans l'écaille au labeur est rebelle,
Seule la pintadine besogne et non elle .»
CLETENDRE
Quel est ce labyrinthe ? Quels sont ces embarras ?
Que sont ces fruits de mer ? Vas-tu conclure ou pas ?
BELITRE
Je viens te secourir et non point te défendre
De connaître l'amour, de grâce il faut entendre
Que la Topinambou si fertile en détours,
S'est plâtrée la figure en marmouset d'amour :
Je dis qu'à sa chaîne ta cheville s'engage,
Je dis qu'elle t'impose à lui rendre l'hommage ,
Je dis que tes transports doivent être éclairés,
Je dis qu' à ton endroit mes désirs épurés…
CLETENDRE
Achève ton détail !
BELITRE
Je pourrais te suffire.
Ah virile pudeur qui n'osait le mot dire !
CLETENDRE
Je sens poindre l'erreur…
BELITRE
Je gonfle maintenant
Sous la bise d' Euros ! L'effet est surprenant…
CLETENDRE
Qu' Eros débande l'arc et qu'il se tienne sage !
BELITRE
Un prochain jour tu en connaîtras davantage…
Il sort
CLETENDRE
Ce Janus est hanté de folles visions
Qui lui auront forgé quelques préventions !
Me voilà tribouillé par la nouvelle donne
Qui montre le dessus de sa double personne.
QUESTIONS.
Les personnages .
1° Comment, dans cette scène, Bélitre révèle un aspect de son amitié excessive envers Clétendre.
2° Montre que Bélitre connaît l'amante de Clétendre.
3° Quel effet produit sur Clétendre l'insistance de Bélitre pour le mettre en garde.
4° Quels sont les traits de caractère de Bélitre et de Clétendre ? Lequel de ces deux personnages t'est le plus sympathique ? 5° A quelle conception de l'amour sont-ils l'un et l'autre attaché ?
L'action .
6 ° Montre comment fonctionne le quiproquo. Comment se dénoue-t-il ?
7° Utilité de cette scène. Sur quelle impression se termine-t-elle ?
Le style et le vocabulaire.
8 ° Effet comique des euphémismes, périphrases, anaphores, images, métaphores et, parfois, des litotes.
9° Qu'apportent, à la scène IV, les références mythologiques gréco-romaines ?
10° Evolution du langage poétique amoureux du XVII° siècle au XX° siècle dans l'Angoumois.
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LEXIQUE
Ebats singuliers : Pratique vicieuse.
Phénix : Modèle parfait.
Truchement : Interprète. Ici la chose érectile au devant de la partie antérieure des os iliaques qui exprime visiblement les intentions du cœur.
Langage : Parole
Outrage : Acte contraire à la morale.
Appas : Dans le langage poétique, parties attirantes d'un corps.
Béer : Regarder avec étonnement . Le pléonasme renforce la stupeur de Clétendre.
Pantalon : Personnage de la comédie italienne, vieillard avare et libidineux. Ici le terme, adressé à une femme, n' est que plus injurieux..
Pompe : Appareil magnifique et somptueux.
Botte : Coup porté à un adversaire avec une épée, un fleuret etc…
Couche : Lit.
Alarme : Emotion.
Crudités : Mots crus.
Bontés : Quand elles sont au pluriel, il s'agit d'un acte de bienveillance.
Brai : Piège pour oisillons composé de deux pièces de bois.
Saute-bouton : Jeu de société.
Malplaisant : Désagréable.
Ardeur : Passion, emportement.
Fendant : En escrime, coup appliqué de haut en bas.
Empire : Avec une autorité absolue.
Macule : Souillure, ici une souillure morale.
A pleins vœux : De tous ses vœux.
Train : Manière de se comporter.
Double : Qui a de la duplicité.
L'hermite : Bernard . Nom vulgaire du pagure.
Coque : Coquille.
Ecaille : Plus souvent au pluriel .
Pintadine : Huître perlière.
Labyrinthe : Œuvre architecturale de Dédale.
Embarras : Situation confuse et embrouillée.
Topinambou : Personne grossière. Sauvage du Brésil. Dans de nombreuses éditions on rencontre topinambour. C'est une erreur ! En effet, que viendrait faire ici l'hélianthe tubéreux ?
Détours : Subtilités destinées à tromper.
Se plâtrer : Se farder, se déguiser.
Marmouset : Singe, ici le terme est injurieux.
Hommage : Dans le sens d'hommage vassalique (ou un vassal se déclare l'homme de son seigneur.).
Transports : Manifestations de l'amour.(voir train )
A ton endroit : En ce qui te concerne.
Détail : Récit circonstancié.
Bise : Bélitre, dans son emportement passionné, prend la brise pour la bise (vent du nord).
Euros : Vent mythologique soufflant du sud-ouest.
Eros : Dieu grec de l'amour que Clétendre, énervé, confond avec Euros. Notons le comique de cette homophonie approximative.
Janus : Personnage légendaire supposé lire l'avenir aussi bien que le passé et représenté avec deux visages.
Vision : Idée chimérique.
Prévention : Idée préconçue.
Tribouillé : Agité, perturbé.
Dessous : Dans ce cas, le dessous des cartes.
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n extrait de : Les femmes savantes. de Molière. (Acte I, scène IV.) Le texte intégral sur le site http://gallica.bnf.fr/
Clitandre.
Souffrez, pour vous parler, madame, qu' un amant
prenne l' occasion de cet heureux moment,
et se découvre à vous de la sincère flamme...
Bélise.
Ah ! Tout beau, gardez-vous de m' ouvrir trop votre âme :
si je vous ai su mettre au rang de mes amants,
contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements,
et ne m' expliquez point par un autre langage
des desirs qui chez moi passent pour un outrage ;
aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas,
mais qu' il me soit permis de ne le savoir pas :
je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes,
tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes ;
mais si la bouche vient à s' en vouloir mêler,
pour jamais de ma vue il vous faut exiler.
Clitandre.
Des projets de mon coeur ne prenez point d' alarme :
Henriette, madame, est l' objet qui me charme,
et je viens ardemment conjurer vos bontés
de seconder l' amour que j' ai pour ses beautés.
Bélise.
Ah ! Certes le détour est d' esprit, je l' avoue :
ce subtil faux-fuyant mérite qu' on le loue,
et, dans tous les romans où j' ai jeté les yeux,
je n' ai rien rencontré de plus ingénieux.
Clitandre.
Ceci n' est point du tout un trait d' esprit, madame,
et c' est un pur aveu de ce que j' ai dans l' âme.
Les cieux, par les liens d' une immuable ardeur,
aux beautés d' Henriette ont attaché mon coeur ;
Henriette me tient sous son aimable empire,
et l' hymen d' Henriette est le bien où j' aspire :
vous y pouvez beaucoup, et tout ce que je veux,
c' est que vous y daigniez favoriser mes voeux.
Bélise.
Je vois où doucement veut aller la demande,
et je sais sous ce nom ce qu' il faut que j' entende ;
la figure est adroite, et, pour n' en point sortir
aux choses que mon coeur m' offre à vous repartir,
je dirai qu' Henriette à l' hymen est rebelle,
et que sans rien prétendre il faut brûler pour elle.
Clitandre.
Eh ! Madame, à quoi bon un pareil embarras,
et pourquoi voulez-vous penser ce qui n' est pas ?
Bélise.
Mon Dieu ! Point de façons ; cessez de vous défendre
de ce que vos regards m' ont souvent fait entendre :
il suffit que l' on est contente du détour
dont s' est adroitement avisé votre amour,
et que, sous la figure où le respect l' engage,
on veut bien se résoudre à souffrir son hommage,
pourvu que ses transports, par l' honneur éclairés,
n' offrent à mes autels que des voeux épurés.
Clitandre .
Mais...
Bélise.
Adieu : pour ce coup, ceci doit vous suffire,
et je vous ai plus dit que je ne voulois dire.
Clitandre.
Mais votre erreur...
Bélise.
Laissez, je rougis maintenant,
et ma pudeur s' est fait un effort surprenant.
Clitandre .
Je veux être pendu si je vous aime, et sage...
Bélise.
Non, non, je ne veux rien entendre davantage.
Clitandre .
Diantre soit de la folle avec ses visions !
A-t-on rien vu d' égal à ces préventions ?
Allons commettre un autre au soin que l' on me donne,
et prenons le secours d' une sage personne.