ACTE V, Scène III.
Castux, Polor, Arsinodème, Pruxitias, Thersipoé, Polytecte et le chœur. On comprend que la scène se passe dans l'Antiquité. Ah, l'amour !
CASTUX
Expose nous, Pollor, l’objet de ton horreur,
Ce crime injurieux qui te met en fureur.
POLLOR
Jusques au froid tombeau d’odieuses images
Dépassant en noirceur les plus sombres carnages
Me hanteront la vie d’une infernale alarme
Incendiant mes yeux d’inextinguibles larmes !
ARSINODEME
Un despote absolu tyrannise ce cœur ?
Peux-tu être vaincu, Pollor, toujours vainqueur ?
PRUXITIAS
Que la noire avanie infligée à ce cœur
Ne nous fasse un vaincu d’un triomphant vainqueur !
THERSIPOE
Murmure-nous , Pollor, ce qui brise ton cœur
Et foule impudemment tes aigles de vainqueur.
LE CHOEUR
Ne mesurez-vous pas qu’immense est son courage
De taire le forfait et de celer l’outrage ?
D’épuiser tant de force à presser sa douleur
A étouffer dans l’œuf et ses cris et ses pleurs ?
ARSINODEME
Qu’au lieu de s’ébranler s’affermisse ce cœur
Qu’au lieu de reculer il avance vainqueur !
PRUXITIAS
Il faut exterminer ce qui pollue ce cœur
Et qui, d ’un charme, veut de lui être vainqueur.
THERSIPOE
Quel ennemi public transperce ce doux cœur ?
Qui donc veut s’emparer des palmes du vainqueur ?
LE CHŒUR
S’il outrepasse ici son devoir et ses droits
Qu’aussitôt Jupiter à vos yeux le foudroie !
Que son divin courroux brûle son attentat
Et calcine ses os réduits en maigre tas !
POLLOR
Je consens à périr au bûcher de son ire
Si je m’épanche ici que je sois à honnir
Et que quinze vingt fois sur la place flétri
Mon nom, déshonoré, soit sujet de mépris !
ARSINODEME
Exprime tes vapeurs et tire ta raison
De ce qui te réduit au secours d’un poison.
PRUXITIAS
Jusques à quand, ô ciel ! Et pour quelle raison
Laisseras-tu au sein frétiller le poison ?
THERSIPOE
On te veut, à l’instant, faire entendre raison :
Dégorge sur le champ le perfide poison !
CASTUX
Pousse, lion royal, un long mugissement
Féroce de fureur exhale ton tourment !
La retenue, Pollor, augmente le supplice.
POLLOR
L’effusion du cœur conduit au précipice.
CASTUX
M’ôtes-tu ton crédit ?
POLLOR
Tu sais combien je t’aime ;
Les dieux m’en sont témoins, cinq fois plus que moi-même .
Pour preuve de mes feux je voile l’hyménée.
LE CHŒUR
ô Jupiter! Le mot, il vient de lui donner !
Carbonise la chair de son âme perdue
Honteusement d’avoir la nouvelle rendue !
Vois sa coulpe à genoux résignée à son sort !
Vois sa faute à tes pieds : châtie ses vains efforts !
CASTUX
Est-ce donc le secret qui alluma tes feux
Et pour lequel tu fis de silence le vœu ?
Rarement le saint nœud est une horrible marque ;
Plus d’un porte son sceau, du manant au monarque,
Du vermisseau qui rampe aux faux-bourdon qui vole.
Quel coq hardi en de justes noces convole ?
POLLOR
Je crains en le nommant qu’une aveugle douleur
Obscurcissant tes sens d’un ténébreux malheur,
Désole ton esprit jusqu’aux moindres ressorts
Et jette ton destin aux serres de la mort !
LE CHŒUR
Puisse-t-il sans faiblir la vérité nue voir,
Puisse-t-il étonné survivre au désespoir
D’apprendre que Poupée veut Pompée épouser
Et qu’à cette union la femme est disposée.
CASTUX
Poupée que je vénère ?
POLLOR
Que j’aimais.
CASTUX
Que j’adore ?
Poupée que cette nuit nous connûmes encore ?
POLLOR
Poupée, cent fois hélas ! Notre idole indicible
Aux appas de Pompée se découvre sensible.
ARSINODEME
Poupée sous l’autre ciel fait reluire son astre
Et figure l’hostie d' un cosmique désastre ?
PRUXITIAS
Par quel enchantement du beau sexe Poupée
Changea-t-elle l’orbite de sa céleste épée ?
THERSIPOE
Et prononça des vœux qui trop nous persécutent
Vous menaçant tous deux d’une funeste chute ?
LE CHŒUR
Douleur !
Malheur !
Ressorts
De la mort !