Il faut autant qu'on peut éclairer ce qu'on dit
En donnant, çà et là, une explication
Sans suivre l'Encyclopédie
Qui nous assomme par trop d'érudition.
"Descendue d'un polder batave...
Sous batave rangeons ce qui du bas Pays
Nous vient. De même nous emplissons le mot rave
De radis, de navets et de rutabagas
(Sans oublier la potagère betterave)
Mettons chou-rave de côté:
Malgré sa forte rime en rave
Qui leurre, il est du chou une variété.
Un autre faux ami est le chou-fleur charnu:
"
Fleur" ne doit pas nous abuser:
Au bouquet sa présence serait saugrenue
(Sauf à vouloir poétiser.)
Reprenons le récit...
"...Descendue d'un polder...
Vous faîtes l'étonné. De ce lieu, dira-t-on,
Où paît l'aventureux mouton,
Qui point ne se soucie du niveau de la mer,
On ne peut descendre, s'impose la montée.
Monsieur le bel esprit, notez
Je vous prie que le champ digne de mention
Sur la carte est niché dans le Septentrion:
Au nord la Tulipe, au sud le Rhinocéros.
Voguant vers l'un dans son midi, l'autre descend
Puis en Afrique clos le périple en carrosse.
Rien en cela d'ahurissant,
Nul bouleversement des lois cartographiques
Plaçant d'autorité, sur la machine ronde,
Le nord toujours, ICI, afin qu'il corresponde
Au pôle inverse, LÀ, sur la face antarctique.
Observons le pigeon, bête qui vagabonde,
Il connaît son haut de son bas:
Jamais il ne se perd! Qui veut courir le Monde
Sur cet oiseau règle son pas.
Il faut autant qu'on peut apprendre à réciter
Une fable, on le voit, sans se laisser distraire.
Mélanger ses pinceaux est une qualité
Chez le peintre, une faute chez le littéraire.