Amelette

C'est un oiseau fidèle. Fidèle en cela qu'il ne quitte pas d'une semelle la personne qu'il s'est choisi et dont il annonce la mort prochaine. On ne sait au juste si « prochaine » se mesure en  heures, en jours, ou  en mois. On manque de statistiques fiables sur ce sujet mais, en règle générale, ne comptez pas sur une année supplémentaire.
La nuit, on le comprend, serait défavorable à l'amelette s'il ne possédait, en plus du don de prescience, l'odorat aiguisé du chien de chasse. Qu'adviendrait-il si l'oiseau perdait votre trace ? On raconte que  «  tout serait bouleversé à jamais ». C'est excessif. Mais rien ne serait plus comme avant, c'est certain.
Dès qu'on aperçoit l'amelette à quelques mètres du sol, point fixe emplumé,  lançant son « Ve ! ve ! ve ! » grinçant, on se signe et l'on passe son chemin sans demander son reste. Surtout ne pas se retourner, ni regarder en l'air. La vie ne tient qu'à un fil. On rentre chez soi. On écrit que tout va bien. Le temps presse. Deux lignes suffiront.